Première partie

, par Pierre

Sa compagnie fidèle et celle des Animaux à travers l’histoire et les religions
Son influence dans le Judaïsme et le Christianisme

Mémoire de maîtrise d’Olivier Jelen
sous la direction du professeur Othmar KEEL
présenté à la Faculté de Théologie, Fribourg (Suisse)
Septembre 2001

LE STATUT DU CHIEN SELON LES JUIFS

« Le chien vivait dans les maisons juives presque sans restriction, et il n’est guère possible de parler d’une restriction véritable d’élever cet animal. Certes, il ne faut pas attacher d’importance au fait que les bergers avaient des chiens pour leurs troupeaux, car en bien des points, ils n’observaient pas les prescriptions des rabbins (…) mais on trouve le chien dans toutes les autres maisons juives ».

Une vieille amitié
Voici le squelette d’une femme enterrée avec la main posée sur le squelette de son chien.
Ils ont été mis au jour sur le site archéologique de Ein Mallaha, en Israël, et datent d’il y a environ 12000 ans. C’est là l’un des plus anciens vestiges de chien domestique jamais découvert dans le monde.

L’auteur de cette citation s’attache à démontrer que l’interdiction de la Mischna qui dit : « On ne doit pas élever de chien, à moins qu’il ne soit attaché à une chaîne » (M. Baba Kamma, VII, 7) na jamais été prise à la lettre et doit plutôt être vue comme un avertissement et une mesure de police inspirée par la crainte de la férocité du chien des pays orientaux. Cf. KRAUSS S., « La défense d’élever du menu bétail en Palestine », in : REJ (Revue des Etudes Juives) Tome LIII, Paris, 1er janvier 1907, p. 23 – 24.

A) Dans l’Ancien Testament :

La question de l’époque chronologique de la première attestation du chien en Israël/Palestine ne fait pas l’unanimité, retenons cependant que le chien semble attesté en Palestine au plus tard depuis le 8è millénaire avant Jésus-Christ. Il est néanmoins difficile de distinguer nettement au Proche-Orient parmi la famille des Canidés entre le Chien, le Loup et le Chacal.

Il en sera autrement dans la Bible hébraïque, car elle atteste des termes différents pour désigner le chacal, le loup/chacal, la hyène et le chien.

Le chacal y est désigné par le mot (l’étymologie reste incertaine), tandis que le terme se réfère soit au chacal, soit au loup (cf. akkadien zibu) ; la hyène finalement s’écrit (cf. l’arabe sabia). Ces trois races ont un point commun dans l’Ancien Testament, car elles représentent l’état sauvage opposé à la civilisation. Leur présence est ainsi synonyme du retour au chaos. Les prophètes interprètent souvent leur présence comme étant l’une des conséquences du châtiment divin ! Il n’est donc pas étonnant que ces animaux - avec d’autres espèces sauvages- soient aussi associés à la lamentation et au deuil. [1]

Quant au chien -davantage intégré dans la civilisation que la hyène ou le loup-, la Bible hébraïque n’utilise qu’un seul terme et donc ne fait pas de distinction au niveau du vocabulaire entre les différentes races de chiens. Plutôt que d’en déduire que l’Hébreu ne connaissait qu’une seule race canine, on peut y déceler un indice pour le fait que l’intérêt portait non pas sur l’aspect zoologique du chien, mais sur son image -généralement négative-. A en juger leurs contextes, les passages bibliques se référent principalement aux chiens Pariahs. [2].

Ces chiens peuvent paraître dans leurs comportements comme farouches, les Pariahs se rapprochant plutôt de « la bête sauvage que du chien d’Europe domestique » . Lors de leur esclavage en Egypte, les Juifs « furent témoins de la vénération idolâtrique qu’on avait pour les chiens d’Anubis et des usages divers auxquels on employait les différentes variétés de …(chiens) ».

Est-ce par réaction anti-égyptienne que les Hébreux attribuèrent une image négative au chien au point d’y voir un animal impur au même titre que le porc ? En effet, le chien, tout comme le cochon, est considéré comme un animal impur, « mais la situation d’ensemble n’est pas si claire » , car le chien n’est pas directement mentionné dans la liste des animaux impurs ! Il ne se trouve ainsi ni dans la liste des animaux impurs énumérée dans le livre du Deutéronome (Dt XIV), ni dans celle du livre du Lévitique (Lv XI).

Hormis quelques rares exceptions les livres de l’Ancien Testament demeurent très durs à l’égard du chien, car il y est généralement décrit soit comme dégoûtant et répugnant, voire impur soit comme un animal famélique et vorace, soit encore comme un ennemi dangereux. Dans ce qui suit, nous allons reprendre ces différentes connotations plus en détail.

a) Le chien, animal dégoûtant et répugnant, voire impur

La proximité du descendant du loup fut tolérée à ses débuts, car le chien ne demandait pas plus à l’homme que de finir ses repas ! Au niveau biblique, cette observation se jumelle avec celle de voir le chien « retourné à son vomi » (Pr XXVI, 11). D’un autre côté, le chien était vu par les Hébreux comme le type de « l’impudence et de l’obscénité » [3], le nom de kèlèb pouvant même être donné aux prostitués mâles, aux débauchés : « Tu n’apporteras jamais dans la maison du Seigneur ton Dieu, pour une offrande votive, le gain d’une prostituée ou le salaire d’un « chien », car aussi bien l’un que l’autre, ils sont une abomination pour le Seigneur ton Dieu » (Dt XXIII, 19, cf. aussi infra § d ).

Aussi le chien ne pouvait-il en aucun cas servir de remplacement à la brebis pour les offrandes dans le Temple ou dans le culte : « On sacrifie le taureau (…), on immole la brebis, mais aussi on assomme un chien » (Is LXVI, 3). Cette pratique cultuelle était la pratique des idolâtres qui, poursuit le texte se « complaisent dans leurs abominations » (Is LXVI, 3). Même si vers la fin du XX° s., on a découvert un cimetière pour chiens probablement rattaché à un temple à Ashkelon, celui-ci semble avoir été construit sous influence phénicienne [4].

Cette découverte archéologique démontre que les Hébreux et toute la région connaissaient (et pratiquaient) ces cultes liés au chien, cultes auxquels s’oppose le prophète Isaïe qui l’interdit ici formellement.

Sacrifices faits par Noé à la fin du déluge

Quant à l’impureté du chien pour les Juifs, elle se vérifie au fait que l’on donnait aux chiens la viande d’un animal qui n’avait pas été abattu selon les règles : « Vous ne mangerez pas la viande déchiquetée dans la campagne. Vous la jetterez au chien » (Ex XXII,30). Cet état d’impureté continuelle interdisait aux juifs la détention de chien à domicile [5] . En somme, le chien était surtout vu par l’Israélite comme un animal craint et méprisable.

Ce mépris du chien correspond d’après Brunet à un « trait pan-sémitique » [6], car il se retrouve aujourd’hui encore dans les pays arabes et musulmans. Comme le dit le Coran, en prenant l’exemple de l’impie qui est à la ressemblance du chien : « Si tu fonds sur celui-ci, il grogne, et si tu le laisses, il grogne encore » (sourate VII, Les A ‘râf, 176). L’impureté du chien est à rapprocher de celle du porc. Outre leur impureté, ces deux animaux ont en commun avec l’homme d’être omnivores et domesticables.

Selon Flandrin, l’impureté d’un animal se vérifie à son état d’hybridité. Non seulement le porc et le chien mangent d’autres animaux, alors qu’initialement Dieu avait uniquement donné « à toute bête de la terre… pour nourriture toute herbe mûrissante » (Gn I, 30), mais ils confondent les genres et mangent aussi bien de la viande que de l’herbe, des légumes et des fruits. Le fait qu’ils soient les deux à la fois, à savoir herbivore et carnivore renforce leur caractère impur « aux yeux d’une société qui manifeste une telle aversion pour l’hybridité » !

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Notes

[1Pour le chacal , les références suivantes ont été consultées : Jes XIII, 22. XXXIV, 13. XXXV, 7. XLIII, 20 ; Jr IX, 10. X, 22. XIV, 6. IL, 33. LI, 37 ; Mi I, 8 ; Ps XLIV, 20 ; Jb XXX, 29 ; Lm IV, 3. Pour le chacal/loup, le mot ??? se retrouve dans les passages suivants : Gn IL, 27 ; Jes XI, 6. LXV, 25 ; Jr V, 6 ; Ez XXII, 27 ; Hab I, 8. Pour la hyène ????, on ne citera qu’un passage, d’ailleurs contesté : Jr XII, 9.

[2« Les Pariahs sont tantôt roux ou jaune grisâtre, parfois rayés ou noir au museau (…). Si on les traite bien, tant qu’ils sont jeunes, ils se montrent caressants et fidèles, ensuite ils deviennent indépendants », cf. DECHAMBRE E., op. cit., pp. 25-26.

[3Cf. VIGOUROUX, op. cit., p. 702.

[4« It was the Phoenicians, I believe, who were responsible for the dog burials at Ashkelon and who considered the dog a sacred animal (…). Presumably the dog became associated with healing because of the curative powers evident from licking its own wounds or sores », cf. STAGER Lawrence E., « Why were hundreds of dogs buried at Ashkelon ? », in : Biblical Archeology Review, vol. XVII, may / june 1991, p. 39.

[5KRAUS S., Talmudische Archäologie, Band II, 1911, p. 120.

[6BRUNET Gilbert, « L’hébreu Kèlèb », in VT, op. cit., p. 486. On rappelera cependant l’épisode positif pour le chien dans la sourate XVIII, La caverne. Le chien, se trouvant dans une caverne avec les « Sept Dormants », est le seul qui reste éveillé. La Tradition musulmane le récompensera en lui réservant une place au paradis.

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