Pourquoi l’expérimentation animale n’est pas nécessaire

POURQUOI L’EXPÉRIMENTATION ANIMALE N’EST PAS NÉCESSAIRE
L’expérimentation animale est dite nécessaire pour assurer l’innocuité des produits et pour trouver de nouvelles thérapies. En réalité, elle ne permet de juger ni des effets ni des dangers des substances chez l’être humain. L’expérimentation animale ne tient pas ses promesses. Ses résultats ne sont pas directement applicables à l’être humain. C’est de plus en plus souvent une évidence pour les scientifiques, les responsables politiques et les citoyens.

©Stéphanie Metz

L’expérimentation animale est dangereuse
On entend souvent affirmer que l’expérimentation animale est indispensable. Des tests sur un “organisme entier” seraient nécessaires à la mise au point des médicaments. Or les animaux sont peut-être des organismes entiers, mais ils ne sont pas les organismes adéquats. L’anatomie, la physiologie et le métabolisme des animaux et des humains diffèrent considérablement. Même des espèces animales différentes peuvent réagir de façon totalement contraire à une substance chimique ou à un médicament. À partir des résultats d’expérimentations effectuées sur des animaux, il n’est donc pas possible de prédire si un être humain réagira de façon identique ou de façon différente.
Une étude menée par les laboratoires Pfizer a abouti à la conclusion que “pour savoir quelles substances sont carcinogènes, il vaudrait mieux jouer à pile ou face plutôt que de compter sur l’expérimentation animale. Seulement 5 à 25 % des substances nocives pour l’être humain ont aussi des effets négatifs sur les animaux des laboratoires. Jouer à pile ou face donne de meilleurs résultats (1).
”De nombreux médicaments, considérés sans danger sur la base d’expérimentations pratiquées sur les animaux, ont eu des effets nocifs et même mortels chez l’être humain. Ils sont la preuve qu’il n’est pas possible de transposer avec fiabilité les résultats des expériences sur les animaux à l’être humain. Lipobay®, Vioxx®, Trasylol®, Acomplia® et TGN1412 ne sont que le sommet de l’iceberg. Rien qu’en Allemagne, on estime que pas moins de 58 000 décès sont le résultat des effets secondaires des médicaments (2).
D’autre part, personne ne sait combien de médicaments bénéfiques n’ont jamais été mis au point suite à l’abandon prématuré de leur développement, conséquence des résultats trompeurs d’expérimentations pratiquées sur des animaux. Rappelons ici que certains médicaments très utiles – comme l’aspirine, l’ibuprofène, l’insuline, la pénicilline ou le phénobarbital – n’existeraient pas si l’on s’était fiés à l’expérimentation animale. Ces substances provoquent en effet de graves dégâts chez certaines espèces dont le processus métabolique est différent du notre. Soumises aux procédures actuelles de développement des principes actifs, elles auraient été rejetées.

Pour chaque produit, il faut sacrifier des dizaines de milliers d’animaux. Et dans la plupart des cas, ils ne font même pas progresser la médecine. En Allemagne, sur environ 2 500 nouvelles demandes d’autorisation de mise sur le marché présentées chaque année, on compte seulement une innovation véritable tous les deux ans (3). Tout le reste existe déjà ou est simplement inutile. La société Bayer a même redéfini la situation tout à fait normale des hommes âgés comme un “syndrome de déficience en testostérone” dans le but de créer un nouveau marché pour les médicaments hormonaux. Sur le marché allemand, il existe environ 60 000 médicaments. Un certain nombre sont identiques. Ils sont simplement commercialisés sous des noms différents. D’après l’OMS, seuls 325 médicaments sont vraiment essentiels (4).
L’expérimentation animale ne contribue en rien à la mise au point de nouvelles thérapies. L’industrie pharmaceutique n’y recourt que pour se couvrir au cas où un problème surviendrait avec un produit.
L’expérimentation animale n’est pas une science digne de ce nom
La plupart des maladies humaines n’affectant pas les animaux, on en simule les symptômes sur des “organismes modèles”. Pour simuler la maladie de Parkinson, par exemple, on injecte à des singes, à des rats ou à des souris une neurotoxine qui détruit les cellules du cerveau. Pour provoquer un cancer chez des souris, on recourt au génie génétique ou à des injections de cellules cancéreuses. Pour provoquer chez la souris une attaque cérébrale, on introduit un fil dans une artère cérébrale. Chez le rat, on provoque le diabète en injectant à l’animal une toxine qui détruit les cellules pancréatiques productrices d’insuline. Pour simuler un infarctus chez le chien, on comprime une artère coronaire à l’aide d’un nœud.

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Ces symptômes provoqués de façon artificielle n’ont rien de commun avec les troubles chez l’être humain qu’ils sont censés simuler. D’importants aspects des origines de ces troubles, comme les habitudes alimentaires, le style de vie, la consommation de drogues, la pollution et autres nuisances, le stress et les facteurs psychologiques et sociaux, ne sont pas pris en compte. Les résultats d’études à base d’expérimentations sur des animaux sont donc trompeurs et inexploitables.
En réalité, les recherches fondées sur l’expérimentation animale sont constamment vouées à l’échec. Parmi les médicaments potentiels – qui paraissent efficaces et sans danger quand ils sont testés sur des animaux – 92 % échouent aux tests cliniques (5), soit parce qu’ils ne sont finalement pas assez efficaces, soit en raison d’effets secondaires indésirables. Sur les 8 % de substances acceptées, la moitié seront par la suite retirées du marché une fois que des effets secondaires graves et souvent même létaux chez l’être humain seront devenus évidents (6).
Ainsi, on a cru que l’ “invention” de la souris cancéreuse serait la solution longtemps cherchée pour lutter contre les tumeurs malignes. Au milieu des années quatre-vingt, des chercheurs de l’Université de Harvard ont réussi à introduire un gène du cancer humain dans le génome des souris, si bien que celles-ci ont développé des tumeurs de façon prématurée. Cette souris génétiquement modifiée a même été le premier mammifère à être breveté : aux États-Unis en 1988 puis en Europe en 1992. Depuis, on a “guéri” des dizaines de milliers de cancers chez les souris, mais tous les traitements qui étaient “efficaces” chez ces rongeurs ont échoué chez l’être humain.
Les laboratoires qui pratiquent l’expérimentation animale annoncent régulièrement des avancées pour toutes sortes de pathologies. Les tests sur les animaux sont censés avoir prouvé que telle ou telle méthode de traitement permettait de lutter contre la maladie d’Alzheimer, contre la maladie de Parkinson, contre la sclérose en plaques, contre le cancer, contre l’athérosclérose, etc.
Cependant, les espoirs des malades sont presque toujours déçus et l’on n’entend plus parler du prétendu traitement miracle. Les humains ne sont pas des souris, tout simplement.
De plus en plus souvent, des études scientifiques amènent à douter des bienfaits de l’expérimentation animale. Elles démontrent que les résultats des expérimentations pratiquées sur des animaux sont souvent sans rapport avec les observations faites chez l’être humain et que l’expérimentation animale n’est généralement pas appropriée à une application clinique chez le patient humain.
Dans une méta-étude anglaise, on a comparé les résultats de différentes méthodes de traitement sur des animaux et sur des patients d’après les publications scientifiques correspondantes. Des corrélations ont pu être observées sur trois seulement des six pathologies étudiées (7).
Dans une autre étude comparative, des chercheurs britanniques ont constaté que les résultats d’études menées à la fois sur des animaux et sur des humains étaient souvent très différents. D’après cette étude, les résultats des expérimentations pratiquées sur les animaux sont tellement peu fiables que leur extrapolation à l’être humain représente un réel danger pour le patient. L’expérimentation animale y apparaît aussi comme un gaspillage des ressources financières consacrées à la recherche (8).
Dans une étude allemande, 51 propositions d’expérimentation sur des animaux, approuvées en Bavière, ont été analysées du point de vue de leur application clinique. Les chercheurs ont découvert que même au bout de dix ans, pas un seul projet n’avait pu trouver une application valable en médecine humaine (9).
L’expérimentation animale est non seulement inutile mais aussi dangereuse et même néfaste. Elle suppose une sécurité qui en réalité n’existe pas, et les faux résultats qu’elle produit ne font qu’entraver le progrès de la médecine.
L’expérimentation animale est immorale
Indépendamment des nombreuses raisons scientifiques, il existe aussi des raisons morales de refuser l’expérimentation animale. Chaque année, pas moins de 115 millions d’animaux meurent dans les laboratoires de l’industrie chimique et pharmaceutique, des universités et autres instituts de recherche (10). L’expérimentation animale rabaisse les animaux au statut d’ “organismes modèles” et d’instruments de mesure jetables. Or, les animaux sont des êtres sensibles qui souffrent. L’expérimentation animale n’est pas compatible avec une médecine et une science moralement justifiables.

©Stéphanie Metz

Les méthodes de recherche sans tests sur animaux sont vraiment scientifiques
Mettre fin à l’expérimentation animale ne signifie pas mettre fin à la recherche médicale. Au contraire : la remplacer par des études sur l’être humain – par exemple en épidémiologie, dans la recherche clinique, dans les domaines de la sécurité et de la santé dans l’entreprise et de la médecine sociale – permettrait un réel progrès de la médecine. Contrairement à l’expérimentation animale, les méthodes de tests substitutives, qui consistent à utiliser des cellules ou des tissus humains ainsi que des programmes informatiques spécifiques, produisent des résultats exacts et exploitables.
Des modèles virtuels élaborés donnent des informations sur la structure, l’effet et la toxicité des substances chimiques ou des nouveaux médicaments. Des circuits intégrés permettent d’associer l’informatique à des méthodes d’expérimentation in-vitro : dans un système de canalisations et de boîtes miniaturisées, des micro-puces sont colonisées par des cellules humaines pouvant provenir de différents organes. Il est ainsi possible de tester l’effet d’une substance sur un organe particulier, de connaître la façon dont cette substance est métabolisée et de savoir si un effluent toxique se forme (11).
Des expériences sur les animaux pour lesquelles il n’est pas nécessaire de trouver un substitut
Ceux qui croient que l’expérimentation animale est pratiquée dans le but de mettre au point de nouvelles thérapies pour guérir les malades se trompent lourdement. Un certain nombre d’expériences pratiquées sur les animaux dans le cadre de la recherche fondamentale ne sont même pas censées apporter quelque chose à la médecine.
Exemples d’expérimentations sur des animaux approuvées et pratiquées en Allemagne :

  • A l’Université de Leipzig, on a découvert que l’hibernation protégeait les tissus neuronaux des hamsters et qu’elle pourrait donc permettre, par exemple, de prévenir la maladie d’Alzheimer (12).
  • A l’Institut fédéral de recherche sur la nutrition et les aliments de Karlsruhe, on a mélangé des caroténoïdes à un substitut de lait donné à des veaux dans le but de comprendre pourquoi les tomates et les melons étaient si bénéfiques pour la santé humaine (13).
  • Afin d’étudier les conséquences d’un choc acoustique aigu sur l’oreille interne chez le cochon d’Inde, on a exposé plusieurs de ces animaux au bruit des coups de fusil (156 +/- 4 dB), puis on les a tués (14).
  • A l’Institut de recherche aviaire de Wilhelmshaven, 22 goélands capturés sur une île allemande en mer du Nord ont été privés de nourriture pendant six jours. Le but de l’expérience était de savoir combien de temps les goélands peuvent survivre sans rien manger (15).
  • A Ulm, des chercheurs ont étudié les effets à long terme de la gravité sur le développement et le biorythme de différentes espèces animales. On a par exemple assemblé un appareillage permettant d’effectuer pendant plusieurs mois des mesures sur des scorpions vivants. Chaque animal était immobilisé sur un support, auquel il était fixé. Des électrodes implantées dans ses yeux, dans les muscles des pattes, dans le cerveau et dans le corps mesuraient en permanence les influx nerveux (16).
    Il est inutile de chercher des méthodes substitutives pour de tels projets de recherche. Ces expérimentations peuvent être arrêtées sans être remplacées, soit parce que des données relatives à l’être humain sont disponibles depuis longtemps, soit parce que les résultats de telles recherches sont totalement inutiles pour la santé humaine.
    Pourquoi continue-t-on à pratiquer des expériences sur des animaux ?
    Si l’expérimentation animale perdure, ce n’est pas pour des raisons scientifiques mais en grande partie par tradition. Il y a plus de 150 ans, un physiologiste français, Claude Bernard (1813-1878), a fait de l’expérimentation animale le standard de toute approche médicale et scientifique. Sa doctrine repose sur un paradigme scientifique moderne consistant à n’accepter que des résultats explicables par l’analyse, mesurables et reproductibles. Or, dans le cadre de cette conception scientifique, la maladie est assimilée à un défaut technique et les animaux à des instruments de mesure.
    Dès lors, le mérite du chercheur se mesure non pas au nombre de personnes dont il a amélioré la situation mais à la quantité de travaux scientifiques qu’il a publiés. Suivant la devise "publier ou périr", il n’est possible de se faire un nom dans le monde des sciences que par le biais d’une longue liste de publications dans des journaux scientifiques de renom, une liste de laquelle dépendra la quantité de financements accordés pour les recherches. Ces fonds seront dans notre cas investis dans l’expérimentation animale, laquelle donnera lieu à son tour à de nouvelles publications. Ce système absurde s’auto-entretient et absorbe des sommes d’argent incroyables – subventions, bourses d’études et autres – sans aucun bénéfice pour les malades.
    Une autre raison pour laquelle on continue de pratiquer des tests sur les animaux dans certains domaines est le manque de financement pour les travaux de recherche sans utilisation d’animaux, ainsi que la longueur des procédures de validation des méthodes in vitro.

©Stéphanie Metz

Enfin, l’industrie pharmaceutique se sert de l’expérimentation animale comme couverture. En cas de problème avec un médicament, le fabricant peut faire valoir l’existence de tests sur des animaux n’ayant pas montré d’effets secondaires. Mais si l’expérimentation animale est autant prisée par l’industrie pharmaceutique, c’est aussi parce qu’elle permet de prouver tout ce que l’on a envie de prouver. On trouvera toujours une espèce animale et un protocole de test produisant les résultats souhaités.
Conclusion
Non seulement les expérimentations sur les animaux sont des méthodes cruelles et par conséquent immorales, mais elles ne sont pas scientifiques et n’ont pas leur place dans la médecine et la science modernes au XXIe siècle.
Doctors Against Animal Experiments Germany est une organisation caritative constituée de plusieurs centaines de médecins et de scientifiques travaillant dans le domaine médical. Cette organisation réclame l’abolition de toute expérimentation animale pour des raisons morales et scientifiques.
DoctorsAgainst Animal Experiments Germany,
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info chez doctors-against-animal-experiments.org
www.doctors-against-animal-experiments.org
http://one-voice.fr/fr/nos-combats/abolir-lexperimentation-animale.html