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"Nos
amis les chiens ne nous font de la peine
que lorsqu'ils meurent"
(Pascal)
LA
VIE CONTINUE

"Sous
cette terre, enfoui dans son drap rose, gît mon
ami (il s'agit de Mabrouk, un des chiens bergers allemands
préféré de Jean-Pierre Hutin),
avec qui j'ai vécu six années d'une aventure
intense et totale.
J'ai dit comment j’avais cru voir dans sa mort un
signe du destin, une punition
pour tous les actes d’agression que j’avais
commis envers les animaux, de ce chien
que j’avais heurté par accident sur la route,
à cet oiseau qui s’était effondré
alors que je tirais sur lui par jeu, sans penser l’atteindre,
avec une 22 long rifle.
Le monde animal de ma vie quotidienne a
cessé d’être un simple décor
pour exister par lui-même. J’y
suis devenu sensible, apprenant à le respecter.
Je me surprends maintenant, alors que je m’apprête
à tuer une mouche qui me harcèle, à
suspendre mon geste. Est-ce moi ou elle que j’épargne
? Ce que je sais, c’est que cet insecte commun et
de si peu d’importance possède
un souffle de vie, est une partie active et constituée
d’un univers dans lequel je suis intégré.
L’homme n’est pas seul au monde, quoi qu’il
s’imagine parfois dans sa vanité, il n’est
qu’un élément de l’équilibre
biologique de la planète, même
s’il menace d’en être le destructeur.
Je ne suis plus ce Parisien
classique, ce citadin, qui dès qu’il entend
une mouche voler, sort sa bombe aérosol !
(Jean-Pierre Hutin, La tendresse retrouvée,
Ed. Robert Laffont, Paris, 1987, page 39)

Une
réflexion sur l’animal domestique et la mort,
à l’exemple du chien.
(inspiré du Mémoire
de maîtrise de l'abbé Olivier Jelen)
«
Près de cet endroit
Reposent les restes d’un être
Qui posséda la beauté sans la vanité,
La force sans l’insolence,
Le courage sans la férocité,
Et toutes les vertus de l’homme sans ses vices.
Cet éloge, qui serait une absurde flatterie
S’il était inscrit au-dessus de cendres humaines,
N’est qu’un juste tribut à la mémoire
de
BOATSWAIN, un chien,
Né à Terre-Neuve en mai 1803,
Et mort à Newstead-Abbey, le 18 novembre 1808»
.
En cliquant sur
www.tnsportif.org/boatswain_fr.htm
vous pourrez entendre un chant à sa mémoire
L’exemple
du chien, mais également celui du cheval, montre
que de la Préhistoire, à l’Antiquité
égyptienne et romaine, en passant par le Moyen
Âge et en allant jusqu’aux temps modernes,
ces deux animaux suivent fidèlement les
traces de leurs maîtres. Ils l’accompagnent
notamment dans les tombes ainsi chez les Gaulois et les
Mérovingiens, sans parler des Egyptiens, preuve
en est des restes d’animaux dans les salles des
pyramides, et également dans les sépultures
du Moyen-Age. Il n’est pas rare de trouver dans
les églises du XIIIè voire XIVè siècle,
aux côtés des magnifiques sépultures-statuaires
de nobles des petites statues de chiens. Ces derniers,
souvent posés sur des coussins, ont une forte valeur
symbolique, notamment celle de la fidélité,
mais on peut sans autre imaginer que ces statues représentent
véritablement une relation entre le maître
et ces animaux représentés. Il n’est
pas rare en Europe occidentale de trouver près
de jardins de châteaux des ossements des animaux
favoris des familles nobles et princières. Actuellement,
au XXIè siècle, le sujet de la mort d’un
animal domestique, semble poser problème. Pourtant
certains cimetières, notamment celui d’Asnières,
dans la banlieue parisienne, sont des cimetières
uniquement animaliers. Ils sont difficilement acceptés
par la majorité de la population, mais ils répondent
à une réelle demande. Soyons honnêtes
et reconnaissons que le sujet de la mort et de la possible
immortalité de l’animal est un sujet très
controversé dans le monde des théologiens
et des ecclésiastiques.
Une
théologie de libération – celle-ci
reste à inventer et pourrait se différencier
d’une théologie animale ou d’une théologie
dite des/sur les animaux - à l’égard
de l’animal pourrait rompre ce silence, ce
tabou. Si, comme nous l’avons rappelé
précédemment, le théologien a pour
vocation d’aider tout homme à aspirer à
un nouveau rapport avec la nature non plus basé
sur la toute-puissance de l’homme, il
doit aussi lui apprendre à respecter la vie et
la mort de tout animal.
Et
voilà, notre sujet final lancé : L’animal
et la mort ! Si de plus en plus de revues canines spécialisées
affrontent le sujet épineux de la mort de l’animal
domestique ,
les théologiens,
eux, se taisent voire se montrent très réservés.
Affirmer que les animaux ont une place à part dans
le dessein de Dieu et qu’ils participent d’une
manière toute particulière à l’œuvre
rédemptrice du Christ passe encore comme acceptable
pour une petite majorité de théologiens.
Mais affirmer que les animaux
ont leur place dans le paradis aux côtés
des hommes ne passe plus du tout et semble être
une idée incongrue et dangereuse !
Et
pourtant du côté des théologiens,
la question de l’immortalité des animaux
a notamment été traitée par le célèbre,
mais très controversé théologien
catholique, E. Drewermann
pour qui les animaux sont tout autant promis à
une vie immortelle que les humains. « Il
n’y a pas de Dieu, s’il n’y a pas d’immortalité
; car s’il existait et s’il
était indifférent et insensible (…)
y compris envers les plus petits êtres, il serait
aussi indifférent pour nous qui pensons et sentons
en dépit de notre petitesse. Ou
bien tout revient : les méduses
et les mouettes, les nuages et l’archipel, le soleil
et la mer, ou bien tout est
néant » . 
Pour Drewermann, il est donc important que le croyant
reprenne conscience, suivant l’exemple cité
par lui des Egyptiens -ceux-ci ayant inventé l’idée
d’immortalité et de résurrection-,
de l’unité fondamentale de toute vie ! Nous
partageons également cette opinion qui est proche
de l’esprit sémitique partagé par
le peuple hébreux de l’Ancien Testament.

Drewermann
Au
niveau laïque, ces réflexions trouvent des
échos surtout sur internet
et nombreux sont les cimetières dits, virtuels
pour les animaux. Cet être que l’homme a aimé
durant plusieurs années de sa vie, n’a-t-il
pas droit à un peu plus de respect après
sa mort. Est-il normal qu’il
finisse en farine animale, ou dans un sac poubelle ?
Souvenons-nous des dégats orchestrés suite
à l’affaire de la vache folle, dite aussi
maladie de Kreutzfeld Jacob. Quant au chagrin causé
par la disparition de son chat fidèle avec qui
peut-on en parler ? Pourquoi
pas avec des représentants des églises ?
L’Eglise, présente pour ses baptisés
à tous les moments de leur vie, ne doit-elle pas
être aussi présente lors de ces moments douloureux
? Ce sont justement ces moments où le
sens de la vie, le sens du cosmos sont remis en question.

Cimetière
virtuel sur Internet
Ne
pourrait-on pas ériger dans chaque pays un cimetière
pour les animaux, comme celui d’Asnières
en France près de Paris
? Quant à ceux qui ne veulent pas être séparés
de leurs chers disparus
peut-on les laisser faire ? Rappelons qu’il était
courant dans l’Antiquité d’enterrer
aux côtés d’un homme important, ses
bijoux principaux, quelques-uns de ses esclaves, mais
aussi ses animaux domestiques préférés,
chien et cheval.
Notre
parcours des civilisations anciennes nous a amené
à citer des exemples allant du monde mésopotamien
et égyptien à celui d’Israël/Palestine
-exemples qui trouvent ensuite des correspondances dans
l’univers grec, lui-même lié à
son tour à celui du Nouveau Testament. Si dans
les temps antiques, on avait attribué au chien
la fonction d’accompagner les morts (Anubis, Garm
…) jusqu’aux seuils des portes de l’Enfer
(Cerbère, récit des apocryphes), les temps
modernes eux ne lui reconnaissent plus cette fonction,
au contraire le chien devient
celui qui, plus encore que le (la) conjoint(e) à
cause malheureusement des nombreux divorces, est le plus
fidèle, le plus attaché à son (sa)
maître/(esse).

Anubis
accompagnait le défunt, protégeait sa
dépouille de la corruption et donc de la mort définitive.
Il
y a donc un renversement de perspective ! Autant les religions
juives et chrétiennes, la modernité et l’esprit
scientifique ont retiré au chien son côté
psychopompe, accompagnateur des trépassés
humains, autant elle affirme le chien dans ses qualités
naturelles : fidélité
et don total de soi. Ses qualités
font de lui un Être si exceptionnel, ce qui nous
ramène à la problématique de ses
origines, que le maître peut difficilement accepter
la séparation de son chien par la mort. Désormais
c’est l’homme qui accompagne le chien au tombeau
! C’est l’homme qui fait ses derniers pas
avec son chien chez le juge entre la vie et la mort -avec
souvent la difficile prise de décision de l’euthanasie
du chien-, le vétérinaire.

La pesée du cœur (Musée du Louvre
– Paris)
N’y
a-t-il pas là renversement des valeurs, ainsi ce
n’est plus comme chez les Egyptiens, Anubis, le
dieu chien, qui accompagne l’homme pour la pesée
de cœur, mais bel et bien celui-ci qui s’arroge
le droit de décider de la continuation ou de l’arrêt
de la vie de son chien ! Quant aux adieux, aux funérailles,
l’homme les veut pour son chien de plus en plus
solennelles et identiques aux siennes. Dieu sait que ce
n’est de loin pas nouveau et que cela constitue
une constante dans l’histoire, souvenons-nous
seulement de cette tombe d’Ein Mallaha, datant de
13'000 av. J.-C., voire
des cimetières canins de l’époque
égyptienne à Abydos, ou
encore du cimetière d’Asnières érigé
en 1889.
Aujourd’hui
en Europe, l’érection de cimetières
pour chiens et chats suscite de nombreux débats
dans la société. Mais encore une fois, comment
répondre autrement à la douleur éprouvée
par la disparition de l’être chéri
parfois durant plus d’une décennie ? Peut-on
accepter cette douleur ou n’est-elle réservée
que pour la gent humaine ?
Est-elle équivalente à celle d’une
personne disparue ? Toutes
ces questions justifiées, signes d’une nouvelle
prise en compte de l’animal dans nos sociétés,
attendent une réponse de la part des responsables
et des théologiens des différentes églises
chrétiennes.
Quant
à l’Eglise catholique, restera-t-elle, comme
à son accoutumée, dans l’expectative
ou plus grave encore dans sa méfiance proche d’une
condamnation de ce nouvel élan religieux ? Saura-t-elle
répondre à l’attente de ces fidèles
qui souhaitent que l’animal soit considéré
comme le frère de l’homme ?
L’avenir justifiera sûrement encore cette
fameuse mise en garde romaine, retrouvée sur les
dallages de Pompéi : « Cave canem ! »,
car les débats sont loin d’être clos
et la discussion ne fait
que commencer !
Je
conclue en faisant mienne les si belles phrases écrites
par Paul Achard :
« S’il
y avait quelque part un être assez bon pour pouvoir
juger toute la bonté du monde, et qu’il mît
d’un coté de la balance le cœur des
Chiens, et de l’autre celui de toutes les créatures
de Dieu, Nos cœurs de Chiens seraient si lourds que
le Juge se voilerait la face, car le Chien est plus près
du Christ que l’homme. Je n’ai jamais vu d’ange,
et je ne sais pas ce qui se passe au ciel ; mais, sur
la terre, nul n’est meilleur que Nous (les Chiens)
» 
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Edwin
LANDSEER 1802-1873
La mort du vieux berger
vers 1837
Dans
un de ses célèbres tableaux, Landseer
illustre l’affection qui lie l’homme
à son chien. Tout le monde est rentré
chez soi et le chien reste seul, refusant d’être
séparé de son maître défunt.Les
bergers menaient souvent une vie très solitaire
et ils n’avaient souvent, pour proche compagnon,
que leur chien qui les aidait à conduire
le troupeau.
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Notes
En plus de cet épitaphe mortuaire magnifiquement
élogieuse et profonde pour son chien, Byron exprima
même le désir, repris dans deux de ses testaments
(1809 + 1811), d’être enterré dans
le même caveau, caveau que Byron fit construire
au milieu des ruines de l’abbaye sur l’emplacement
de l’autel, que son chien. Cf. BERNHEIM Pierre-Antoine,
La vie des chiens célèbres, Editions Noêsis,
Paris, 1997, pp. 93 - 94.
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_________________
UTZINGER Susy, « Der Tod von Heimtieren -"Es
war doch nur ein Hund…" » in : Mein
Hund -Freund und Partner, Berlin, August 1998, pp.
38-39 ; NIEHUS Christa, « Abschied von Harvey »,
in : Hunde -Die Zeitschrift der Schweizerischen Kynologischen
Gesellschaft SKG, Bern, 11. August 2000, pp. 94 -
95.
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_________________
DREWERMANN Eugène, De l’immortalité
des animaux, Editions du Cerf, Paris, 1992, 81 p.
Le titre original en allemand est plus significatif :
Über die Unsterblichkeit der Tiere -Hoffnung
für die leidende Kreatur. Il est paru en 1990.
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_________________
Cf. DREWERMANN E., ibid., p. 44.
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_________________
Il nous est impossible de tous les mentionner ici, nous
n’en mentionnons par conséquent que quelques-uns
: www.dogheaven.com
; www.lavamind.com/petnews.html;
www.creatures.com/cemetery.html;
www.petrest.com;
www.aplb.org.
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_________________
« En Italie, Isabelle d’Este est restée
célèbre pour avoir fait enterrer tous ses
animaux de compagnie dans les superbes jardins en terrasses
de son palais. Mais les temps ont changé, et la
loi, par souci de salubrité publique, ne permet
plus que l’on ensevelisse un animal dans n’importe
quel terrain, même privé. C’est ainsi
qu’est né le cimetière animalier d’Asnières
», cf. WILLEMIN V. & MULHERN S., Niches
chiens, éditions alternatives, Paris, 2000,
pp. 94 - 95. Mais Paris n’est pas la seule ville
européenne a possédé un cimetière
animalier. En effet, à côté de celui
de Londres -à Hyde Park, près de la porte
Victoria-, la ville suisse de Lausanne en compte également
un depuis le mois d’août 2001.
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_________________
Ainsi à Zurich, une femme qui fut propriétaire
de chien durant plus de 60 ans, exigea dès 1968
que les cendres de ces chiens puissent être placés
dans le même cercueil qu’elle. « Seither
ist es in Zürich erlaubt, die Asche von Haustieren
in bereits bestehenden Gräbern zu beerdigen. Auf
dem Bestattungsamt muss lediglich ein entsprechendes Formular
ausgefüllt werden, und die Kosten sind zu übernehmen
». La seule condition posée par l’administration
municipale fut que rien n’indique la présence
des chiens dans ce cercueil. Cf. « Hundeliebe bis
in den Tod » in : HUNDE (Zeitschrift der Schweizerischen
Kynologischen Gesellschaft SKG), n° 9, 2. Juni
2000, p. 3.
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_________________
A la mort de son chien, Jean-Pierre Hutin, producteur
de l’émission française 30 millions
d’amis, écrit : « Pour la perte
d’un chien, nous sommes seuls et notre peine ne
peut être que vraie, authentique, car nul ne nous
contraint à l’exprimer, et même, nous
courons le risque de paraître ridicules à
certains », cf. HUTIN J.-P., Mabrouk -chien
d’une vie, Editions Robert Laffont, Paris,
1984, p. 97.
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_________________
ACHARD Paul, Nous, les Chiens, Les éditions
de la nouvelle France, Paris, 1943, p. 9.
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